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De l'ensemble
des dérivés du mot "nation" , la nationalité est de loin, le concept le
plus concret et le mieux défini dans le cadre d'une unité politiquement
centralisée . Il désigne, en principe, un statut juridique qui permet de
distinguer le " national" de l'étranger.
La nationalité
est, quelques soient les valeurs idéologiques et polémiques du terme, un
concept de " clôture" déterminant les limites à ( ou l'exclusion
de) la participation à certaines interactions sociétales . L'ambiguïté
de ce mot réside dans le fait qu'il est, dans le vécu, l'expression à la
fois, du germe du nationalisme constitutionnalisé et de la capacité d'un
système politique à faire avancer les valeurs démocratiques
d'intégration au détriment d'une entité fermée et homogène; car la
naturalisation est en soi une agression à l'égard des sentiments
nationalistes basés sur une logique de différence ( linguistique,
religieuse, sexiste ou dépendant de la couleur de peau ...), voire "un
mariage mixte" dans un tribu endogamique .
Dans la
littérature américaine le mot citizenship est employé à la
place de nationalité dans les écrits francophones qui établissent en
générale une distinction entre citoyenneté et nationalité même si on
peut dire avec Oppenheim et Lauterpacht ," Nationality of an
individual is his quality of being subject of a certain state, and
therefore its citizen " .
Quelle soit
inspirée de Jus sanguinis ou de Jus soli, la
nationalité est une affaire purement nationale. Elle est dépendante du
concept vague de la souveraineté de l'État . Le seul texte non-national
sur la nationalité (la convention de La Haye du 12 avril 1930) ne fait
que confirmer cela :
" - Qu'il
appartient à chaque État de déterminer par sa législation quels sont ses
nationaux .
- que seule
cette législation permet d'établir si un individu est ou non
ressortissant de cet Etat ".
La variabilité
interétatique nous frappe avec la lecture des codes de nationalité à
travers le monde : la nationalité obtenue de fait (narodowski
dans la terminologie polonaise) ou de droit (obywatelstwo)
, attribuée ou acquise , réglée par le mariage, la filiation, la
légitimation, l'adoption, l'établissement de la parenté, la loi de
retour, l'unité de la famille ( juris communicatio) , pour
cause honorifique (honoris causa) ou une représentation
légale ...
Il va sans dire
que le code de nationalité est presque toujours influencé par les
particularités socioculturelles, mais il est conditionné par une
dynamique d'intérêt , pour emprunter l'expression de Max Weber . Le
Royaume Saoudite d'AbdelAziz nommait des ministres de l'extérieur de
l'Arabie. Celui de ses enfants, enrichis par le pétrole, est un exemple
typique d'enfermement et d'exclusion !
Nationality
still a central subject in the debate about exclusiviste nationalism ,
it's a real cultural and legal expression of daily nationalism and the
cristallisation orgainic relationchip between identity ,
self-understanding and "l'intérêt nationale". As Rogers Brubaker says :
" This is not the exacerbated, aggressive,passionate nationalism that
the " Starkest political shame of the twentieth century", but the
routine, ordinary, taken-for-granted nationalism that the " common idiom
of contemporary political feeling", the " natural political sentiment
for modern states". The closure of suffrage ( and other institutions) to
nocitizens, based on the axiom that the nation-state may, in fact must,
discriminate between members and non members, in one expression of this
"normal", "legitimate","rational" nationalism . " .
Si la
convention de La Haye admet le principe de la nécessité d'une
nationalité, les règles archaïques, anti-humaines et parfois racistes
qui caractérisent le code de nationalité dans plusieurs pays du monde
doivent disparaître pour un véritable rapprochement entre " droits de
l'Homme" et " droits de citoyen(ne)e". Mais est-ce possible tant que
nationalité et souveraineté nationale sont aussi étroitement liées?
L'ETAT-NATION
" L'Etat-Nation,
écrit Edgar Morin, est à la fois création et créateur de l'Europe
moderne(...) L'insularité favorise le développement de l'État-Nation
britannique. La "reconquista" catholique contre l'Islam favorise
le développement de l'Etat-Nation hispanique. La persévérance
monarchique et la chance historique favorisent le développement d l'État
-Nation français. Puis la formule de l'Etat-Nation émerge de façon
évidente dans et par la Révolution française" . Selon lui : "
l'Etat-Nation accompli est un être à la fois territorial, politique,
social, culturel, historique, mythique et religieux . Sa réalité est
multi-dimensionnelle faite de l'assemblage intime de substances divers
assemblées et articulées en une Unité ".
Qu'elle soit
émancipatrice ( France , Etats-Unis) ou differentialiste (Allemagne), la
réalité multi-dimensionnelle de l'Etat-Nation est l'émergence d'une "
auto-production" sociétale , condition sine-qua-non de sa
dimension historique et non-artificielle, généralement absente dans les
pays colonisés où "l'Etat-Nation" est le résultat d'une politique de
découpage imposée par le colonisateur qui a souvent déterminé le
territoire de l'Etat post-colonial. Et là , on peut parler, dans la
plupart des pays du Tiers-Monde, de mouvements de libération nationale,
du nationalisme et de formes de pouvoir plus que d'un Etat-Nation. La
recomposition étatique du Proche-Orient après la dislocation de l'Empire
Ottoman avec les différents scénarios nous fournit un bon exemple ( La
Grande Syrie, Etat Pan-Arabe, Etat Arabo-Islamique, Etat Kurde ...) . La
terminologie locale montre l'absence d'un consensus linguistique et
conceptuel sur le mot National : Watani, Qawmi ou Ahli.
La fin du 20ème
siècle est marqué par trois phénomènes qui nous interpellent sur le
concept et l'opportunité historique de l'Etat-Nation: La crise de l'Etat
post-colonial dans le Sud, la décomposition de l'U.R.S.S et de la
Yougoslavie et l'avancée vers un ère post national dans les pays de
l'Union Européenne . Malgré la différence qui les sépare, ils réveillent
les démons d'un néo-nationalisme réactionnel, pseudo-identitaire et
exclusioniste .
Les
néo-nationalismes
D'aucuns
déclarent la naissance du nationalisme français à la date du 20 Sep.
1792 avec le fameux cri " vive la nation " à Valemy, considéré
par Goethe comme " la date et le lieu d'une nouvelle époque de
l'histoire du monde " qui inaugure un siècle de l'histoire du
nationalisme républicain, laïc et expansionniste . Une deuxième vague,
qui venait du Tiers-Monde au début du 20ème siècle, allait donner une
autre dimension au mot. Inspirée par la première et colorée selon les
données socioculturelles et politiques locales, elle englobe aussi bien
le nationalisme turc d'Ataturk qui incarne la rupture avec le Khilafa
arabo-islamique que le nationalisme Pan-Arabe qui reprend l'héritage
arabo-islamique à son compte .
Le
nationalisme, qui nous interroge chaque fois que le mot "ennemi" prend
une dimension démesuré, n'est plus, depuis la 2ème guerre mondiale, un
concept innocent .Le fascisme a montré, à tous les poètes du romantisme
national, qu'une mobilisation nationaliste est toujours passionnelle et
souvent incontrôlable. Le nationalisme, comme sa forme fasciste, se
nourrie de la peur et du mythe de la nation en danger et grandit avec la
frustration.
Sommes-nous
conscients du pouvoir extraordinaire de certains mots tels que :
supérieur, particularité, identité agressée, souveraineté nationale,
droit historique, Le Guide, etc. qui passent presque inaperçus dans le
discours quotidien de ce que l'on peut appeler le nationalisme "ordinaire".
La dérive ultra-nationaliste prouve l'absence, jusqu'à nos jours, d'une
vaccination efficace qui empêche le retour d'une " civilisation éclairée"
à la barbarie. " La mystérieuse disposition qu'ont les masses à se
laisser fasciner par n'importe quel despotisme, leur affinité
autodestructrice avec le paranoïa raciste, toute cette absurdité
incompréhensible révèle la faiblesse de l'intelligence théorique
actuelle " ( Adorno et Horkheimer) .
De l'histoire
des nationalismes on peut remarquer :
1 - Quelque
soit l'importance historique du nationalisme, son choix , comme le dit
Liah Greenfeld, n'a pas été inévitable .
2 - La mort du
mouvement national ou d'une idéologie ne signifie point la mort du
nationalisme qui resurgit dans d'autres formes.
3 - Aujourd'hui,
le nationalisme ne peut être une idéologie de mobilisation et
d'encadrement des masses, sans être une idéologie basée sur des traits
identitaires spécifiques: réclamer une supériorité du " nous " par
rapport aux " autres " et défendre des valeurs anti-universelles même
lorsqu'il s'agit du nationalisme religieux ( Begin, Zia-ul-Haq et al-Bashir).
Il est
difficile de condamner, sans nuance, tout mouvement national.Nehro et De
Gaule sont nationalistes. La paix civile en Afrique du Sud et les
accords de paix israélo-palestiniens sont les actes de " nationalistes"
. L'idée d'une confédération arabo-israèlienne, proposée par un sioniste
(Perez), est un véritable dépassement du projet sioniste historique (un
peuple, une terre, un Etat ). D'autre part, la crise du nationalisme
kurde montre bien la séparation entre la justice d'une cause et la
faiblesse de ceux qui se réclament d'elle .
Si des
nationalismes ont utilisé le bagage de la religion locale , la carte du
nationalisme est souvent jouée par les mouvements politico- religieux :
La dimension perse de l'islamisme chi'ite, la particularité wahhabite en
Arabie Saoudite , le discours nationaliste de Hamas (Palestine) et du
F.I.S (Algérie), etc. Le problème est encore plus compliqué dans les
pays formés à base d'une identité mixte où la différenciation entre
religion et nation est problématique tels que le Pakistan et Israël .
Nous vivons
actuellement l'ère d'une nouvelle génération de nationalismes
exclusivistes en Europe qui se ressemblent, dans leurs fonctions, avec
l'islamisme . Ce phénomène de masse, qui s'exprime à travers un langage
local et s'appuie sur les prouesses de la nation, la religion, la race,
la communauté, etc. gagne du terrain et crée un véritable obstacle
devant nous. Il est difficile de codifier l'attitude à prendre des
néo-nationalismes. La diversité et les différences qui les séparent
compliquent davantage notre tâche. Mais il reste " un seuil de
tolérance" -pour détourner une expression chère aux
ultra-nationalistes-, pour que le discours national ne soit pas notre
cible. Nous ne pouvons admettre une idéologie d'exclusion qui soutient
la supériorité d'une race, d'une religion ou d'un peuple et encore
moins, une idéologie qui refuse les principes universels des droits de
l'Homme au nom du particularisme local.
27/7/2005
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